Lexique fantomatique : passion fantôme (12)

Nouvelle entrée à notre lexique fantomatique en écho à Spectrographies de SMITH : hantise, simulacre, avenir, machines, spectrographie de l’imaginaire fantomal touchant maintenant à son cœur invisible, la passion.

Passion fantôme

Comment défaire cette dyade amoureusement liée ? La passion est d’abord, toujours, un fantôme. Il nous introduit les yeux ouverts, dans le monde du fantomatique. Dans l’état amoureux on est captif d’abord des fantômes, des apparitions, des brutales vérités faites d’images, d’apparence. On entre dans le monde de la fascination où évoluent les entre-mondes magiques où tous les signes parlent d’autres-mondes : ces fantômes là-aussi ne sont pas passés, ils ne sont que présents, et nous parlent du futur. « La pensée du spectre, contrairement à ce qu’on croit de bon sens, fait signe vers l’avenir » disait Derrida (Spectres de Marx, Galiléeé, p.276). Elle est présente et nous absentifie, nous introduit à une vacance à nous-même qui nous rend bien bêtes – des bêtes d’absence. Être amoureux : devenir une bête d’absence. Quelque chose de fantastique, quelque chose de pathétique.

Le fantôme où s’est cristallisée dans les formes brumeuses de la personne aimée la neige des qualités idéales nous fait signe (Stendhal). On le suit dans un état hypnotique de veille hallucinée : présent-absent, face à un être qui lui-même s’évade vers un monde idéal, c’est transis que s’accomplit cette double spectralisation, cette sublimation du dualisme présence-absence.

Et en son absence on étreint sa forme, son rêve, jusqu’à le rendre plus réel que le réel, de telle sorte que le poète peut dire : « que mes bras habitués en étreignant ton ombre à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être. Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute. » (Robert Desnos, « A la mystérieuse » 1926). Cette déréalisation du monde peut aussi toucher au malheur profond d’une présence perdue, d’une personne aimée passionnément en vain (le sujet amoureux de Barthes).

Tout cela qui appelle un savoir qui est vain et une bibliographie sans fin. A la fin on cède.

Achevons donc ici, ce qui ne peut pas se dire.

FIN DU LEXICON

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