Tombant (Fabien Clouette)

Moins qu’un article. Une note. Presque le regret d’un geste critique qui voudrait plus de force et d’innocence. Une idiotie – pour parler avec l’ami Marc – qui nous saisit et ne nous lâche plus. Et pourtant, du silence faire sa part, et reprendre ce qui, dans les réseaux, bat des cœurs et des paupières.

Il est des livres amis dont on voudrait dire l’amitié.

Il est des amitiés qui n’ont pas de lieu.

De place.

J’ai déjà dit que le bouquin d’Agamben sur le sujet était bête. Mais alors c’est l’occasion de penser aussi qu’il y a quelque chose de la bêtise dans l’amitié. De la bêtise assumée. Premier degré. L’animal te regarde, l’ami. Il est des amitiés sans lieu. Il est des deuils sans lieu. Celui de Tombant est de ce type-là. De quoi ? D’amitié, de deuil, de lieu, de beauté.

Il y a – on n’est pas là pour ça – mais les il y a se répètent quand on perd la vie. On se répète tous les il y a qu’il y a eu dans une vie. Et c’est ce que raconte Fabien Clouette dans Tombant. Un crash, un mourant, des morts, une survivante. Des amitiés. Un été. C’est un livre comme il en est peu, et qu’on m’accuse d’amitié pour Fabien Clouette (que je ne connais presque pas), pour les éditions de l’Ogre et plus encore, cela me va, car il faut tenir à l’amitié, à ces livres extraordinaires qui étendent le regard sur le monde, sur la mer. Un livre qui te fait entendre le Cosmos d’une amitié. Les profondeurs et les paliers de l’apnée. L’amour grand écran. V. discrète comme l’univers tout entier, plongée dans la nuit, la mer, l’été. Des corps. Encore pour dire d’autres choses qui sont à lire.

A ce livre, qui nous dit adieu. Qui nous dit ami. De la littérature, oui. Déjà. De la littérature : c’est-à-dire de quelque chose que l’on n’a jamais lu et qu’on ne cessera de lire. Qu’on ne cessera de lire parce qu’on n’a jamais lu de livres comme ça. Ces odeurs, ces fêtes dans des carcasses d’avion, ces plongées et ces matchs où l’on gagne où l’on perd autre chose que des points, des souffles dans chaque phrase où cette équipée s’est trouvée et s’est perdue un soir, d’été, dans un virage serré. De ce visage V. alors la dernière à témoigner on l’imagine, tandis que le témoin, « le dernier à parler » disait Blanchot, disait Celan. Tout cela. Tandis que le témoin, meurt, que la voiture s’enfonce dans l’océan.

Pour une lecture plus complète, riche comme l’océan de tant de pistes de lecture, pêche miraculeuse, la merveilleuse Librairie Charybde, avec son lecteur-ami (décidément, ils se multiplient, de loin en loin, sachons alors l’apprécier et en prendre soin) : https://charybde2.wordpress.com/2022/02/01/note-de-lecture-tombant-fabien-clouette/

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