Un vide, en soi (Marc Verlynde)

Un vide, en Soi

Je me suis demandé si je pouvais parler de cet essai où sont convoqués Blandine Volochot et Capitale Songe – livres placés sous l’autorité du nom de Lucien Raphmaj.

Au beau nom d’amitié d’aucuns pourraient être tentés de substituer le fer noir de l’infamie, le soupçon d’un pacte avec la mafia narcomédiatique.

Et oui, ne serait-ce pas ici enfreindre l’éthique de la critique qui voudrait nous faire jurer un Noli me legere[1],qui nous faire promettre de nous couper la langue dès que notre œuvre, notre éditeur, ou quoi que ce soit par lequel on tient se trouve impliqué ?

Bah, elle repoussera, me dis-je avec un accent volodinien.

C’est si mal connaître la mafia narcomédiatique et si peu reconnaître la valeur de l’amitié et la réflexion politique, affective, métaphysique que l’on doit à Derrida, Blanchot, Levinas, Agamben, autant de noms qui ne sont pas des fétiches pour conjurer la mauvaise foi mais indiquer une autre hospitalité de la lecture, et une autre façon de considérer l’amitié comme affect fondamental, relégué la plupart du temps à une fraternité sans contour comme celle au fronton des édifices publics.

Je l’ai écrit, désécrit mille fois et d’autres avant moi : noms, masques, chimères, autant que nous-mêmes, ce qui nous rassemble, nous fait exister, ressemble plutôt un éloignement vertigineux et dans ces lointains nous nous faisons signes, à travers l’espace cosmiquement vide de l’espace littéraire.

Ça devrait faire rire. Tout ça devrait faire rire en même temps qu’en en reconnaissant le tragique de la situation.

Communauté inavouable, dit-il en prenant la double voix de Duras et de Blanchot.

Si peu de choses.

Nous sommes si peu de choses.

Et on voudrait y voir de l’influence… A ces distances si interstellaires…

Ça devrait faire rire…

De l’astrologie littéraire, vraiment.

« Tu es toi aussi du signe du Vide » me dit Marc.

C’est vrai, Marc, tu as totalement raison et avec les autres on a le rire noir de ces distances sidérales dont on fera une marée noire de tous les reproches et qui sait, il y naîtra des étoiles nouvelles, putrides et blanches comme des champignons. Et puis quoi, ce sera de la vie, une nouvelle vie, intéressante en soi. Qui suis-je pour juger ? Voilà la question. Qui sommes-nous pour parler de nos œuvres comme de celles des autres. Pour juger ? Lire et délier. J’ai toujours trouvé ces termes plus proches de cette activité où l’on parle des livres des autres, ou même que l’on écrive soi-même (lir&crire) : délier, délicatement déployer quelque chose du sens, un territoire caché dans un pli, dans un cri, quelque chose qui nous parle et nous fait écrire.

En vérité si j’ai écrit, comme d’autres, c’était pour créer – atteindre – des œuvres de pure dépossession, qui nous dépossèdent nous-mêmes de l’œuvre en tant qu’auteur, ce qu’a bien souligné Marc Verlynde. En cela, bien sûr, notre Grands Anciens furent un temps Barthes-Foucault-Blanchot, puis nous les avons phagocyté et muté en de nouvelles métamorphoses (ce dont Blandine Volochot se voulait une des perspectives, au delà d’une critique-fiction).

Alors écrire, pour la critique, même sur un livre qui parle des œuvres qui sont signées de mon nom, ne m’affecte pas.

Toutes ces œuvres qui sont œuvres de dépossession sont des mouvements, des appels à la dépossession de tout et de tous.

De tous et d’aucuns.

Ce à quoi Blandine exhortait depuis son dehors, ce à quoi la désistānce invitait discrètement, peut-être trop discrètement.

******

[ici commence véritablement ma critique]

On a l’impression que dans le livre de Marc Verlynde se propose un addendum métacritique à la question que posait à peu près au même moment La revue Lignes, n°66 (oct 2021) : « La littérature : quelle est la question ? »

Marc Verlynde y répond quelque peu par ce titre :

Un vide, en Soi

En Soi ? Déjà on perd un peu la voix.

On prend peur.

Déjà on a peur de ne pas comprendre. Le vide, en Soi. Per se.

On hésite entre Maître Eckart et Lao Tseu.

C’est peut-être la leçon paradoxale du critique d’oublier ce qu’il sait pour entrer dans l’univers de l’auteur. Dans la chambre mystique au-delà des escaliers d’Aurora il y a le fétiche de Michel Leiris au bois noir et changeant, griffé d’un ensemble de signes dont on ne sait s’ils constituent une écriture ou de simples biffures ajoutées sans fin sur des biffures.

Dans le creux de ces entailles, Marc Verlynde lit la beau mot dérangeant de viduité dont il a fait le nom de son blog.

Cette viduité n’est pas la vacuité, le néant, la négation, et l’on pourrait continuer longtemps la liste sans toucher la singularité de cette viduité qui est à entendre comme l’incertitude béante de la littérature et de sa critique.

Le vide serait la voix de la littérature comme appel et comme principe d’incomplétude. Voilà un résumé tentant d’une thèse d’un texte en réalité aussi ondoyant que celui de l’auteur des Essais. Car Marc Verlynde nous montre combien cette notion bouge d’un texte à l’autre et ne peut justement se réduire à une simple thèse. Et la forme même de l’essai renforce ce mouvement qui défait la thèse pour un ensemble troublant de devenirs et de métamorphoses : de la béance au manque, de la source de la création à la source mortelle et silencieuse qui la menace et la rend possible, le vide se déplace, creuse, prend voix, forme, retourne à la terre, au ciel, à des romans acides, à des expérimentations sauvages, à des romans linéaires.

Bien sûr, Marc Verlynde n’a pas la prétention de définir des lois génétiques de l’écriture contemporaine, mais son livre étaye sérieusement la marque du vide dans l’écriture contemporaine.

« Nous ne voulons pas du vide, seulement en biffer les représentations »

Mais pourquoi la critique se pose-t-elle des questions ?

Cela devrait nous occuper.

La vérité est : la plupart du temps la critique ne pose pas de questions. Cantique de la critique. On chante des louanges, on ricane en se croyant de souverains bouquetins sur les pentes du mont Olympe. On bêle de belles évidences.

C’est ainsi qu’on l’on retrouve à chaque entretien,avec la certitude d’une réponse inadéquate : « mais qu’est-ce que la littérature selon vous ? » (ou pire encore « qu’est-ce que la littérature d’après-vous ? », l’auteur ou l’autrice s’enterrant vivant dans sa littérature et le cercueil de ses conceptions littéraires branlantes : pour cela on ne peut souhaiter qu’un bûcher). Il n’est de réponse qu’inadéquate.

Un vide, en soi

Voilà donc une réponse, à distance, sous l’espèce d’un déplacement à la question « Pourquoi écrivez-vous ? ». Si l’on répète cette question idiote (je donne à ce terme toute sa beauté, jusqu’aux larmes) c’est bien que peut-être la réponse à « qu’est-ce que la littérature ? » pourrait bien être : Un vide, en soi.

Et le fait est que l’on ne se satisfait pas de ce manque essentiel face à la question qu’est la littérature.

Alors on cherche un terme, un mot, un mouvement, de nouveaux principes pour y répondre.

La réponse était peut-être plus belle, plus calme : Un vide, en Soi.

Pas une réponse nouvelle, remarque bien. Mais une réponse difficile à encaisser, c’est vrai.

Ce serait aller peut-être trop vite. Mais notre temps d’attention est compté. Et notre temps d’écriture aussi.

Cette question elle-même a une histoire que Marc Verlynde n’ignore pas, puisque ce sont les surréalistes qui ont lancé à l’époque cette enquête devenue le leitmotiv dans son sens le plus aigu et littéral : un motif de douleur

Pourquoi écrivez-vous ?

Réponse :

« OUVERTE »

Sous forme d’écriteau sur une maison hantée

L’Ouvert nous regarde de ses 9 yeux

Et ceux des animaux et ceux des anges

Ne croyez pas que je fasse ici de la critique façon poésie parce que je fais des retraits à la ligne.

Je suis en crise comme tout critique, et je cherche une écriture.

« Je ne peux m’empêcher de penser à une critique qui ne chercherait pas à juger, mais à faire exister une œuvre, un livre, une phrase, une idée ; elle allumerait des feux, regarderait l’herbe pousser, écouterait le vent et saisirait l’écume au vol pour l’éparpiller. Elle multiplierait non les jugements, mais les signes d’existence ; elle les appellerait, les tirerait de leur sommeil. Elle les inventerait parfois ? Tant mieux, tant mieux. La critique par sentence m’endort ; j’aimerai une critique par scintillements imaginatifs. Elle ne serait pas souveraine ni vêtue de rouge. Elle porterait l’éclair des orages possibles. » dixit Foucault

Un vide, en Soi

On le sait, le surréalisme semble s’est maintenant dégradé dans les formules du journalisme, en slogan de marque, en mascarade généralisée : mais n’est-ce pas ce qu’il a toujours été ? N’est-ce pas la prophétie d’Avida Dollar ?

Disons que cela nous éloigne de notre sujet. Que c’est plus complexe. Que cela nécessite une cérémonie d’exorcisme qui n’a pas sa place ici.

Quoique ?

Comment comprendre les écrits de Marc Verlynde sans son attachement pour le beau René Crevel sur lequel il a déjà publié un essai-cénotaphe accompagné d’un article justement consacré par Crevel à Dali ?

Un vide, en soi

Un cénotaphe

Des hérétiques

Mon corps et moi

Une ode à la résistance

Il y a là une cohérence, une constellation qui se met en place.

Il nous faudra rassembler tous les hérétiques et faire tourner les tables pour invoquer un cinquième manifeste du cosmosurréaliste qui incendiera les pixels corrompus et donnera à nos fantômes et à notre conjuration du surréalisme une réalité autre qu’invocatoire.

La vérité est plus dure à dire. Je veux dire : la révolution à faire, la bifurcation intellectuelle.

A vrai dire, je ne m’en sens pas les capacités à dire tout cela.

Les gens très intelligents de Lignes sont à lire, à lire, encore, à interroger, à faire débattre. Moi je n’ai que des réponses bêtes.

Des réponses de chiens de Valparaiso, de dingos d’Australie, de crotales d’Arizona, de libellules du Crétacé, des rorquals dépressifs de l’Arctique etc.

Mais je sais écouter les réponses du vide dont parle Marc Verlynde et qui me parlent beaucoup.

Un vide, en Soi

C’est un essai, donc, pour dire vite, trop vite (vitesse noir des pixels).

Illustré par Donia Jornod (non ? on la cite alors pour toute son œuvre magique chez Abrüpt et notamment le Marā d’Étienne Michelet)

Édité par Abrüpt (cœur rouge et noir de la cyberlittérature)

Piratable en pdf, achetable en ebook ou en papier.

Écriture à expérimenter à la manière souterraine des notes de pas de pages aux allures ésotériques et restituant à l’hyperlien un côté de formule magique que n’aurait pas, je crois, renié Leiris.

Un vide, en soi

Commencer par le vide est une belle idée, on ne le dira jamais assez.

Non pas seulement parce qu’au commencement était le vide. Mais parce que ce vide forme tout de suite comme une sorte de réponse à la surabondance de la production littéraire au moment même où le lectorat s’effrite en s’accrochant à une liste de plus en plus étique de titres.

Mais on n’est pas là pour faire du sous-Cadiot et révéler l’évidence que la littérature n’étant pas vivante ne peut pourrir et son cadavre encombrer les étals des libraires – elle existe dans un mode mort-vivant qui la soustrait à la vie comme à la mort. Tant qu’on n’aura pas compris ça (j’y reviendrai donc, en bon pédagogue) on reviendra là encore aux mauvaises questions (en ça on fait toujours de la philosophie : l’idée est de savoir poser la bonne question plutôt qu’apporter la bonne réponse).

Un vide, en Soi

Voilà la radicalité sur laquelle se retrouveraient les personnes convoquées par Marc Verlynde face à la canonique question « pourquoi écrivez-vous ? »

Pourquoi ? Bonne question. C’est une inquiétude (la littérature comme inquiétude) dont on ne se débarrassera jamais. Ni de conjurer l’idée que la littérature ait une essence (« ce qu’est la littérature ») plutôt qu’une histoire.

Pour les personnes au fond, je synthétise : la littérature s’est instituée sous la forme de l’absolu à la fin du 18e siècle.

Ce fut le moment du romantisme allemand. L’absolu littéraire. Vous avez peut-être marre que je cite le chef d’œuvre rassemblé par Lacoue-Labarthe et Nancy, mais avec Novalis c’est la lecture décisive pour comprendre le cadre dans lequel on pense l’art, la littérature se regardant dans son miroir (l’autoréférentialité comme littérarité dirait-on dans le jargon des années 1970).

Et nous ne sommes pas vraiment sorti de cette époque : la littérature comme salut, culte de l’auteur et de l’originalité, l’inquiétude d’une écriture qui se distingue comme littérature quand elle se regarde écrire.

Un vide, en Soi

Marc Verlynde a tout dit dans son titre.

La littérature c’est la question du sens qui manque. Dont le manque, la vacance du sens appelle le récit.

Poétique, anthropologie, sémiologie, philosophie, linguistique développerons durant ces deux siècles cette idée.

Quelque chose manque.

Et ce manque est la condition même du sens.

Différance impossible à résorber.

Faille, manque, béance.

Deal with it.

Aller au fond du manque, de la béance, expérience limite dont la littérature au 20e siècle s’est faite l’écho. Dont la théorie s’est faite.

« « Où va la littérature ? » Oui, question étonnante, mais le plus étonnant c’est qu’il y a une réponse et qu’elle est facile : la littérature va vers elle-même, vers son essence qui est la disparition. »

Blanchot.

Évidemment.

Pas un vœu pieux apocalyptique ou une promesse faite au néant, pas une essentialisation de la littérature non plus.

Plutôt le constat de deux choses. Que la littérature n’est pas, et qu’elle est toujours en mouvement, en déplacement (certes Blanchot le dit à sa manière dramatique). Je le disais tout à l’heure, c’est la grande découverte de Blanchot à mon sens, que la littérature n’est ni morte ni vivante, et qu’à ce titre elle ne peut pas mourir – elle est sur un autre plan : rumeur incessante et écart, espace du dehors, de l’impersonnel ; et elle est elle-même l’expérience du mourir (au sens philosophique que l’on pourrait aborder avec Derrida mais cela nous emmènerait trop loin).

Et quelque chose en la littérature vise cette disparition dans l’espace littéraire, à se perdre dans ses confins.

Le silence.

Quelque chose du « chant des sirènes ».

Fascinant parce qu’elles se taisaient.

Là commence le récit.

Là où l’on perd ses repères, contrairement à Ulysse.

La littérature commence avec cette force d’abandon et de disparition.

Une négativité heureuse, comme il en est de certaines navigations.

Bataille citait souvent cette phrase de Nietzche :

« J’aime l’incertitude de l’avenir ».

Un vide, en Soi.

« J’aime l’incertitude de l’avenir »

C’est la maxime la plus difficile à maintenir.

Personne n’aime l’incertitude. Personne ne veut l’événement comme pur surgissement : l’avenir qui défait le futur.

Quand cela arrive, pour un écrivain, cela peut faire littérature.

Pas nécessairement, mais ça le peut.

Prenons ici des distances.

« La littérature » est un objet dont on ne veut pas parler.

Dont Marc Verlynde se garde de parler en propre, par des généralités dévorées par le fourmillement des contre-exemples.

Cette littérature du vide, c’est une traversée de la littérature contemporaine.

Contemporaine peut-être dans le sens d’Agamben (je crois) :

Est contemporain ce qui partage nos ténèbres.

Leçon.

Là se retrouvent Bataille, Leiris, Blanchot au côté des Candré, Hrivnak, Cendors, Abeille, Lucas-Gary, Hrivnak, Taïeb et moi-même.

Chacune et chacun composant des expériences singulières du vide dans la littérature

(non la même, ce serait ennuyeux, remarquez)

Et par là, par ce vide, communiquent, à travers la-vie-la-mort, à la manière des spectres.

On l’a dit mille fois – Proust déjà, et ça compte pour 999 – que la littérature est mise en relation avec toutes les époques, avec les vivants et les morts.

Je l’ai dit aussi tout à l’heure quand je parlai de l’auteur : l’auteur est mort, au moment où il ou elle entre en littérature, c’est ce que dit Blanchot et qui semble difficile à entendre, mais la personne qui écrit n’appartient plus à la vie et à la mort.

Passage du Je au Iel. Au neutre. Au dehors.

Charabia intellectuel, me dit-on.

Parce que in flesh and blood, il ou elle existe, signe les contrats, boit des verres, rencontre d’autres personnes et ça participe de son œuvre.

La mort n’existe pas.

Oui. Mais dans l’œuvre, dans la lecture, dans l’écriture, la personne qui écrit doit disparaître pour appartenir à ce discontinuum où cette formule individuelle n’a plus de sens.

C’est là quelque chose d’une transe qui ne résume pas toute l’écriture.

Toute personne qui écrit sait ce qu’il y a de travail où elle est cruellement présente à l’élaboration de ses pensées. Mais quand elle ne s’y appartient plus, elle sait qu’elle fait œuvre.

C’est une expérience de pensée qui est aussi vraie qu’est fausse l’objectification de la personne dans la figure de l’auteur.

C’est ainsi. Je passerai en vain des heures à expliquer la chose.

Il y a un beau passage dans Thomas l’Obscur qui raconte ça.

Je vous laisse le lire. Le deviner.

Revenons à l’essai de Marc Verlynde.
Un essai, donc.

Montaigne disait « par sauts et gambades ».

Je dirais ici par trous noirs et vortex, par vide et déplacement.

Passant d’un vide à un autre, de la perte au vertige, de la béance à la signifiance.

Mais un essai toujours.

Dans toute la liberté reconstituée de cette forme.

Ne cherchant pas à asséner une vérité sur notre « post-littérature ».

Sur Dieu.

Le Verbe.

Les bons et les mauvais livres.

Mais plutôt de donner à lire une perspective aimantée par ce vide.

C’est ainsi que l’on se trouve à parler de la mort du roman et de la littérature comme de la mort de Dieu.

Parce que « nous l’avons assassiné » disait la voix du Gai savoir.

Terrible mais véritable constat.

Le roman est mort tout au long du 20e siècle.

Puis ce fut la figure tutélaire et autoritaire de l’auteur-dieu-du-texte

Si Dieu-l’Auteur est mort

Alors tout est permis

comme chez Dostoïevsky ?

La littérature n’aurait plus qu’à se suicider comme Kirilov pour prouver son fait ?

« Soupir de l’athéisme » nous dit Verlynde.

La mort de Dieu (de l’auteur) n’est que la fin de la littérature comme Salut, comme Absolu, comme valeur transcendante.

En cela l’athéisme du roman est indéniable : il doit composer avec le Vide en permanence.

Et Dieu-leTexte-l’Auteur morts, ma croyance à la fiction demeure, sans plus de support et nous vivons dans ces ombres, dans ces chambres d’écho où nous entendons

Des voix (que nous avons écouté souvent en commun)

Celle de Manuel Candré

Celle de Jason Hrivnak

Celle de Ben Lerner

Celle de Jacques Abeille et Pierre Cendors

Celle de Cécile Portier

De Claire Messud, de Siri Hustvedt

Celle Lucie Taïeb

Celle d’Amélie Lucas-Gary

Celle de John Burnside.

Des voix pour faire résonner le vide, pour former « la nécessaire illusion des hypothèses mélancoliques »
Celles qui nous révèle un Soi par une sorte de « mirage heureux à condition de s’en déprendre »
Et c’est la grâce de cet essai de nous adresser à la nécessité de cette déprise, et l’exercice de la lecture comme dépossession qui est une activité de la lectrice ou du lecteur cherchant à « dévisager le vide du Soi à travers des lectures plurielles, contemporaines, dans l’oscillation entre le commentaire et son récit, l’affirmation et l’effacement… »

Vide non pas passif mais en tension
En oscillation
En fluctuation quantique voudrait-on oser

Car dans cet essai s’esquisse autre chose que la négativité du Vide
La passivité de la lecture
A fond perdu s’esquisse la figure du lecteur-rêveur, créant le texte à la place (vide) de l’auteur, figure du lecteur-critique, se faisant « le biographe des absents ».
La question du Vide n’est alors seulement ce qui met en action la puissance de l’imaginaire comme néantisation
Mais la question de la création
De toute création
De tout imaginaire :
Au commencement était le Vide
« l’absence d’origine » et l’incréé chez Cendors
Les sculptures des Jardins statuaires de Jacques Abeille
Tels que Marc Verlynde les lit



« Parler d’un livre revient à le prendre à défaut, capturer ce qui t’y manque, t’écarter des conceptions de l’auteur, inventer une ressemblance par dissemblance. »


Entreprise de piratage et de recréation qui ne pouvait que plaire aux éditions Abrüpt
Tentative d’interférence
De liberté
pour s’inventer dans le réel un autre récit, en étant à l’écoute de ces textes contemporains, ce temps interstitiel entre « le passé qui échappe, le futur qui déborde » (Taïeb).
Ces romans pleins de vide seraient ainsi comme un test de Rorschach dont les blancs aident à diagnostiquer la schizophrénie de notre époque, la pluralité des voix qui nous habitent, nous désapproprient, mais aussi des voix qui nous aident à entendre l’« exigence de la divergence, l’entretien de l’ailleurs, la préservation du rêve ».



« Le silence de ses espaces infinis serait censé ne plus nous effrayer, il nous relie… »

[1] NB : l’expression « Noli me legere » qui vient de Blanchot lui-même indique le contraire, que l’auteur ne peut lire son texte, car s’il arrive à l’œuvre, alors il y a désœuvrement, la parole critique appartient alors elle aussi à ce dehors fondamental de l’espace littéraire.

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