Poéticide (Hans Limon)

Acheter du Poéticide pour faire pousser la poésie ?

Pourtant cette poésie est une poévie pleine d’ivraies. Pas un livre scève (ciao Maurice), un livre scène (bonjour l’Artiste), un livre ouvert, non, un livre ouvert/fermé, rapidement. Un poète décapité / décapitant, pensant peut-être secrètement à Zarathoustra soulevant la tête décollée du vieux Poète.

« À la poésie malade de lyrisme jusqu’à la cirrhose », dit-il en levant son verre vide.

Las. La poésie n’est pas morte, « elle n’existe pas », pardon, « LA POÉSIE N’EXISTE PAS », tout simplement, nous hurle-t-il. Poéticide ramène de manière vitale et ironique la question de la haine de la poésie dont parlait Bataille (La haine de la poésie (1947) ayant pris par la suite le beau titre, le titre qui désigne la poésie : L’Impossible (1971)), ce besoin vital de la transgression de la vie, de la mort, et de la sexualité à une intensité extrême, et cela à des travers des fictions.

Ce que, dans cet opus, à longueur de pages de prose, de pages de poésie rayée, on supprime donc de manière certaine, ce n’est pas la poésie, c’est l’éternité (attention ce livre contient donc de l’éternicide), c’est l’arrogance, les craquements de la poésie arthritique, ce sont toutes les complaisances de la métaphore, ce sont les modèles – de l’amour, de la langue, tout emmêlés – et ce sont bien sûr les icônes trop aimées de la poésie passée aux puissantes odeurs d’éther.

Ce qui se dit, se tue, se rêve, entre les partages, à travers les genres poétiques et romanesques, c’est ce langage-vertige. Rotvic Oguh en CsO. Du byronicide en flasque Pessoa à siroter avec une voix de contrartaud. Shakespeare emmailloté par neuf mantes et plongé dans l’Océan.

On a des poètes des visions trop surfaites, surpoétique, Ainsi, Baudelaire, vert jusqu’au bout des cheveux, nous adressant un sourire narquois, grinçant, un sourire torve. Je le vois, moi, qui rajuste son jabot, en aboyant des mots que je ne comprends pas. Je sors toujours difficilement de ce rêve.

Ne soyons pas tentés d’organiser en réaction à Poéticide des cérémonies de résurrection pour la poésie assassinée (rappelons que le Poète assassiné d’Apollinaire n’attend la mort, comme Orphée, que pour mieux célébrer son Apothéose), et de formuler des vivats au cri de « la poésie est morte, vive la poésie », car ce poéticide nous dit que « la poésie n’existe pas ».
La vie et la mort sont alors sans objet. La poésie est au dehors.
Merci.
La poésie est ailleurs.
Allons.
Rendons poésie pour poésie.

Hans Limon, j’écris ton lit, celui-là où les teignes de Maldoror lui suçaient le sang, les pensées et le suint de rêves malformés, ce lit d’injustice des causes mortes poe, et si tu ne t’y reconnais pas c’est que tu n’as pas l’âme (vieux mot, pensée liquéfiée comme un cerveau trop vieux) assez monstrueuse.

 

Territoire du limon, archipel en flasques
Armoires défoncées aux liqueurs
BB
Byron’s Barnum
Alcool frelaté
Alcool frelon
Prends une nouvelle bouteille
Piquante de mélancolie
Au piment
Les essaims se répandent en vers
Deux fois
comme dans la voiture d’Orphée
Deux fois

Que reste-t-il de la métapoésie ?
De la critique faite acidopoétique ?

Des noms
Des figures
Des scènes

Pessoa vomissant vert son dernier verre
Liquidant d’un mot
Soarès, Cairo, De Campos, Pessoa
Liquidés – pour rire 

Amorcée est la machine à remonter les textes
Rilke exécuté au cordon de soie
Villon dépendu, parti à vau l’eau
Partout il installe les théâtres de l’improbable
Pour la vie et contre la grande poésie
Mode Rimbaud Balboa

Mais la postfin du monde a déjà commencé, car des masses ânonnent :
ADONAÏ HOUELLEBECQ PAPA TRUMP
On ne meurt pas – on voudrait, car on entend résonner :
ADONAÏ HOUELLEBECQ PAPA TRUMP
la postfin du monde a soif de poéticide

 

« Ce poéticide est un suicide »
il nous reste à nous à terminer le travail

Nous qui sommes de la prose du monde, nous qui sommes l’incessant limon de la parole, du ressassement des mots.

Nous les parlant, loin des « vertes absinthes » des poètes ; goutant les fièvres de la vie, la vie pelucheuse, parfois élastique et souvent cassante.

Et nous-mêmes, quelles herbes deviendrons-nous, résistant au poéticide, grattant le ciel de nos têtes, tandis que de telles bêtes passent entre nous ?

 

***

Présenté déjà habilement par la Viduité et librairie Charybde, honoré d’un mot en postface de Marcel Moreau, je n’imaginais faire une critique autrement que de travers et, à ce texte singulièrement indocile à la critique, je ne pouvais proposer que ces quelques divagations.

 

 

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