« Mondocrame » par Raphmaj feat Barbéri

Après le non-succès du précédent essai, nous perpétuons l’échec (je dis nous mais je sais bien que… ainsi que le disait Bassmann). Eh oui, nous sommes comme ça, impénitents de l’échec. Et tant pis pour les critiques aux fines pattes d’araignées que je suis censé écrire sur les livres qui s’accumulent sur mon bureau.
Toujours dans l’esprit de la critique-fiction. Toujours sur le Mondocane de Barbéri, dont le seul titre est une promesse délirante de barbarie, voici une nouvelle version. Après « Mondocame » où se déployait le principe hölderlinien : « Plein de mérites, mais en poète,/ l’homme habite sur cette terre » (Dantec a tout gâché ma belle prose romantique), préparez-vous à un monde où la terre n’existe plus. Mais le feu :

MONDOCRAME

Une flamme dans mon crâne lèche le plafond et le plancher, tourne encore, revient vers les orbites, s’épuise d’un soupir, renaît, éclate, repart. Mon monde crame.

Quelque chose s’est embrasé sous la forme d’une ellipse.
Le monde a brûlé noir et je me suis réveillé. Depuis mon réveil, en une poignée d’années, tout a fondu en un magma délirant.

Je ne sens plus la matière laineuse de la lune s’étendre sur moi, elle est flammes à présent.

Le vent est devenu flammes, le sang est devenu flammes, et jusqu’à l’intérieur de nous-mêmes. La matière immobile et en feu diraient d’autres.

Le feu s’attache à ce monde-sangsue. Il lui aspire la flamme. Il libère quelque chose d’étranger à l’intelligence, que je ne pourrais pas m’expliquer. Une façon de ressentir qui ne passerait que par l’instant de la combustion, que dans cet instant entre matière et fumée, où vit la flamme, le fantôme, et la métamorphose.
Je ne suis plus de ce monde. Ses formes ne sont plus les miennes. Radicalement incompatibles. Et pourtant.

Mon monde crame.

Pourtant j’accueille ses formes d’un cœur aux ventricules toujours plus nombreux.

Mon corps se couvre d’écailles. Ma sueur devient suie. Mon souffle une brève extase. Je vis poétiquement dans cette flamme, même si je m’y essouffle.

Je vois d’un œil tendre l’expansion-compression des villes fantômes jusque dans le tombeau des jungles calcinées. Je vois dans ce monde s’assembler des réalités composites, des poumons font un ciel, un cristal une pensée, une fleur un incendie.

Que d’ombres à vivre et à aimer.
A aimer sûrement.

J’ai oublié le goût acre de la blancheur, les vertiges que j’avais dans le froid de l’hiver.
Je lève encore souvent les yeux vers la Lune que je sais pourtant depuis longtemps ravie par la flamme.

Je lève les yeux en espérant trouver quelque part dans l’espace un anneau de poussières qui me dise que tu existes encore.
Que toi aussi tu as miraculeusement été protégée de l’incendie par le cocon d’un néant chirurgical. Que tes veines poussent elles aussi leurs flammes vers moi.

Mais l’essaim de mes corps se consument. Je rêve de plus en plus sombre et de plus en plus froid malgré tout ce monde en fusion.

Il faudrait tracer les vies qui se dispersent dans ce nouveau monde d’après le monde, qui nous rappellent le caractère coriace de la vie, des cloportes, des hybrides, des bâtards de flammes et d’ombres comme nous.

Je me délite en petites étoiles de poussière noire.

Les étoiles sont le Styx, disent-ils.

Les hommes sont le Styx, dis-je. Les hommes sont ce fleuve noir.

 

***

Image de couverture : cc Duncan C

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