« Mondocame » à partir de Barbéri feat Dantec (postfucking mortem) & Raphmaj

Tentative de critique-fiction de Mondocane, Jacques Barbéri, éditions La Volte, 2016. (Maintenant voir aussi « Mondocrame », avant le terminal, et à venir, « Mondocrâne »).

 

Ce n’est pas la première fois que je prends de la mondocame. Je sais à quoi m’attendre. Les articulations des doigts craquent et se prolongent en un ensemble d’osselets tenus par du vide, mon vide, un vide articulé, noir, lent, spacieux, velouté, voilà ce que je deviens, un vide articulé autour d’images incohérentes, black fucking hole, un vide errant et me transportant dans un vortex d’images et de bourdonnements d’étoiles.

On croirait une drogue. Ce n’en est pas.

Croire que c’est une drogue serait rassurant. Schéma post-analogique du rêve : déconnexion, reconnexion. Psychisme en quête de quoi, d’un ersatz de sens, du sens qu’il est incapable d’agencer de lui-même, à force de vertiges ? A force de monde, mec. De monde. Oui. De mondocame.

Croire que c’est un voyage psychique où l’on se connecte fugacement à d’autres dimensions serait une consolation un peu barrée, mais extatique, nous replaçant au centre du multivers. Connerie démentielle.

C’est infiniment trop peu composé. Nous voulons, pardon, je veux la surcomposition. Et c’est uniquement ça que la mondocame m’apporte. Une nouvelle proposition.

Ne plus croire, abolir cela et voir la mondocame comme elle est. Le nouveau produit de la politique. La vision du monde. Weltanschauung. Pas la drogue, le rêve – matrices post-anarchiques où tout se défait, s’enchaîne, se fractalise. Non, plutôt vision du monde. Pas que l’on s’injecte. Que l’on synthétise. Que l’on synthétise comme des motherfucking plantes. Bourgeons du lobe préfrontal. Délires antérieurs. Mondocrack.

T’as plus rien ?

J’en tremble. Je regarde le ciel. Il brille de façon trouble. A la manière des lucioles. Bonne blague. A la manière des frelons radioactifs de nos imaginaires frelatés. Nous sommes tous piqués et les lucioles, mortes.

J’entends des chiens aboyer. Voilà. Je sais maintenant, à ce moment précis où j’entends les chiens – quels chiens ? – aboyer quelque part ailleurs, je sais que je suis dans la mondocame. L’univers prend une couleur violette, légèrement framboisée, de petit cadavre frais.

Nous décollons.

Engins prêts ?

Je regarde s’éloigner la planète. Je regarde derrière moi le tas de vers, le tas de mer, le tas de douceurs que j’ai aimé. Alors je prie bêtement pour que la navette explose. Elle n’explose pas. Je saute. Je retrouve la mondocame avec sa flamme sensuelle dont la langueur parcourt vos veines, embrasse vos plaies, lèche vos blessures. Une flamme longue comme le désir, une langue tendre comme le mourir. Je rejoins les invisibles. J’accroche le ciel, je brûle le monde.

Ici nous nous retrouvons. L’effet de la mondocame s’estompe, grains de fusain qui s’envolent, dessins qui s’effacent, poussières d’image. Je ferme les yeux et reconstitue pour toujours la fille-crevette, l’homme-ver, Esil-le-tas-de-cadavre et les homoncules patibulaires au cœur de pierre solaire. Je souffle une dernière fois sur la poussière des intelligences mortes, sur le flux des choses, sur les anneaux célestes qui nous appellent et que, bientôt, je rejoindrai.

***

Image de couverture, Jef Benech à partir d’illustrations de Philippe Sadziak, 1ere de couverture de Mondocane, de Jacques Barbéri, éditions La Volte, 2016.

 

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