Élégie pour un projet

« …for these things are true
And never can be born of atomies
That buzz about our slumbers, like brain-flies,
Leaving us fancy-sick. No, no, I’m sure,
My restless spirit never could endure
To brood so long upon one luxury,
Unless it did, though fearfully, espy
A hope beyond the shadow of a dream. »

John Keats, Endymion, Book I, 850-57

Que faire des projets qui vous reviennent morts avec le ressac des commissions, avec le goût des choses oubliées ? Il faut les démembrer comme le firent les Ménades au retour d’Orphée. Décomposer l’ensemble et envoyer ça dans les étoiles, et il y aura bien quelque rêveur pour en faire une constellation, non ?

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Sebastiano Ricci, Selene et Endymion (cc Wikimedia commons)

J’ai souvent rêvé, compulsé le chef d’œuvre inachevé qu’est le « Endymion » de Keats. Impossible, énorme, non-traduit intégralement à ma connaissance en français, il déploie ainsi au fil des variations sur la beauté et les figures effacées à notre sensibilité que sont les dieux et esprits antiques, une aspiration qui peut-être m’est chère car elle ne peut se résoudre justement en un poème, en un poème achevé qui nomme son mystère. Ainsi « Endymion » inachevé, comme l’amour impossible de Selene, est alors une cristallisation merveilleuse de tout cette mise en mouvement vers l’impossible, l’indicible, qui est, souvent, le centre vide, le vortex infigurable qui anime le mouvement vers la création.

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