Blanchot Twins : L’autre Blanchot. L’écriture de jour, l’écriture de nuit

A propos de Michel Surya. L’autre Blanchot : l’écriture de jour, l’écriture de nuit, Paris : Gallimard. 2015

 

 

Si les Monty Python refaisaient leur « Flying Circus » de nos jours, sûrement qu’à la place du match de foot de philosophes, ils feraient un jeu de combat, genre de Street Fighter philosophique, où l’on verrait Diogène jeter des tonneaux, tandis que Descartes lancerait des attaques dioptriques lasers, et Nietzsche – no comment.

Un petit jeu vidéo de combat entre philosophe : internet l'a fait.
Un petit jeu vidéo de combat entre philosophes : internet l’a fait. (attention bien penser à regarder les coups spéciaux)

Dans ce jeu figurerait le combat du Blanchot « blanc » des années 70, en costume vieillot et feutre noir s’affrontant dans sa version « noire » des années 30, version débloquée après la lecture d’années de débat et l’utlime fight contre l’immense monstre mou absorbant tous les coups, un Heidegger version Jabba le Hutt. Car après ce combat victorieux, une merveilleuse cinématique nous montrerait le héros déclarer : «  Plus on accorde d’importance à la pensée de Heidegger, plus il est nécessaire de chercher à élucider l’engagement politique de 1933-34. » et de finir par voir alors apparaître son sombre double lui retourner, d’une voie aiguë et perchée :

« Il y a eu corruption d’écriture, abus, travestissement et détournement du langage. Sur lui pèsera désormais un soupçon. »

Mais ce combat – Blanchot vs Blanchot – je me le dis tout de suite, n’est pas très bien équilibré. Faute de gameplay et problème de narration.

L'autre Blanchot écriture de jour écriture de nuitLe combat est déséquilibré, le Blanchot des années 30, sans celui des années 70 n’existerait pas ; et le parallèle avec Heidegger central dans le livre de Michel Surya interroge. S’il y a soupçon pour Heidegger qui a déjà accouché de Sein und Zeit, pour Blanchot, ce n’est qu’après-guerre, après sa « conversion » (1941 ? 42 ?) qu’il deviendra l’auteur qui demeure, l’écrivain et romancier.

Le seul ouvrage élaboré durant la période est… Thomas l’Obscur (1932-1941, si l’on croit les dates d’élaboration que donne Blanchot). Or imagine-t-on un ouvrage plus fantastiquement éloigné des conventions d’extrême-droite, des fantasmes identitaires et de la « révolution spirituelle », moins entaché du « soupçon » que l’on voulait faire porter sur Blanchot en lui retournant ses propos sur Heidegger ?
Le soupçon ne me semble pas tenir sur ce point. Pourtant le livre de Michel Surya est louable pour montrer la continuité de la « passion politique » qui anime les deux Blanchot, et la contradiction des positions du « second » au regard des actes du « premier ». Reste son hypothèse de l’essai d’une sortie des deux extrêmes (Blanchot 3, le retour) par le judaïsme, qui ne serait qu’une fuite, un reniement, une nouvelle négation de ses engagements qui me laisse un peu sceptique.

Mais plus encore : ce Blanchot politique ne m’a jamais paru important, sauf pour sa contribution notable au manifeste des 121. Or c’est toujours ce qui est mis en avant, cette histoire d’engagement : mal d’époque.
Ce qui m’a gêné est sûrement qu’il y a bien foultitude de choses à dire sur le rapport de Blanchot à la politique, à l’engagement face à la littérature, son article en 1941 ou 42 sur « Le silence des écrivains », celui sur « La littérature et le droit à la mort » en 1948, et mieux encore, toute la réflexion sur la « littérature d’expérience », chez Gide et Malraux, commencée très tôt et poursuivie après guerre, et qui travaille ce rapport de la littérature au monde et à l’engagement.

Michel Surya ne s’attache pas à tous ces livres. La dimension politique du Très Haut ? Rien. Non, ce livre s’attache essentiellement à ne traiter que l’inconséquence de la posture de Blanchot avec sa pensée, soit le fait d’un penseur qui ne se met pas en cohérence avec ses actes, qui se renie sans cesse, jusqu’à chercher à sortir de l’histoire. Que beaucoup l’aient cru au-delà de tout soupçon, ce livre vient mettre fin au mythe. C’est déjà une qualité. Mais quand, à la fin Michel Surya cite Derrida sur l’écart entre Blanchot et Levinas, quel plaisir : Derrida réussit à dire cette différence sans la charge qui, malgré un grand effort, me semble toujours revenir dans le texte de Surya.

La schizophrénie de Blanchot qui s’obstine à nier son passé, ses livres, ses lignes de fuite, voilà qui me semble le plus intéressant, l’auteur qu’il reste sans cesse à réinventer : Blanchot 4, 5, 6…
To be continued.

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