Lexique fantomatique (8) – Avenir

Avenir, avenir, avenir…

Oubliez :

L’avenir, fantôme aux mains vides,
Qui promet tout et qui n’a rien !

Victor Hugo, Les Voix intérieures

Écrivez :

« L’Avenir n’est qu’un mort, qui, s’étendant, revient. » (Forneret) in Dictionnaire abrégé du surréalisme.

En hommage à la préconisation d’Eluard dans La révolution surréaliste :

« Écrivez : les étoiles, les pourceaux, les marionnettes, les oripeaux, les russes, les adieux, les montres, les aiguilles, les ongles, les éléphants.

Dites : les poissons, les buvards, les allumettes, les nuages.

Oubliez : Les enveloppes, les quantités, les régions, les numéros, les baudruches, les couics, les riens. »

Paul Eluard

Car « l’avenir est aux fantômes », comme l’indique Derrida, dans Ghost Dance.  Il appartient aux fantômes car la technologie, et précisément à travers les machines qui permettent la communication à distance : lettres, téléphone, messagerie, cinéma… nous font toucher davantage l’expérience du fantomatique qu’auparavant. Le trouble de la présence-absence se manifeste puissamment dans cette masse croissante de télécommunications, de messages virtuels, se perdant parfois dans les océans des données et des déperditions électriques, dans les ondes, qui, s’ils n’ont rien à voir avec le surnaturel, touchent cependant à quelque chose de fantomatique.

A cet égard, on peut rappeler que Thomas Edison – icône de l’inventeur, celui du phonographe, mais aussi figure de L’Eve future de Villiers l’Isle-Adam où il crée Hadaly, ce simulacre de femme, animée par la magie de l’électricité – a consacré ses dernières années à mener des expérimentations afin d’entrer en communication avec les morts. Cela marque combien la marque qu’a l’incompréhensible sur nous : ce « phonographe spirite » qu’il tenta de mettre en place n’est qu’un pâle écho du formidable outil de communication fantomatique qu’il venait de mettre en place.

Un revenant étant toujours appelé à venir et à revenir, la pensée du spectre, contrairement à ce qu’on croit de bon sens, fait signe vers l’avenir. C’est une pensée du passé, un héritage qui ne peut venir de ce qui n’est pas encore arrivé – de l’arrivant même.

Derrida, Spectres de Marx, p.276

Décidément, l’avenir est aux fantômes.

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