L’inquiétude du monde

Variation sur ma réaction à L’inquiétude d’être au monde de Camille de Toledo (autrement sur SensCritique).

Nous n’abolirons pas le temps, ni la nostalgie
Nous ne supprimerons pas les frontières,
les pays, les factions, les guerres, les injustices, les religions, les hallucinations collectives, les rages de l’égoïsme, les bannières de l’orgueil, les proximités des langues
Nous n’abolirons jamais l’inquiétude et la facticité d’être au monde
Nous serons hantés par cette idée impossible
Peut-être parce que l’impossible est la seule chose qui mérite que l’on se batte pour elle
Peut-être pas
Parce que c’est aussi la cause des dogmatiques, des fanatiques, des massacres et des tueries sans nom
Peut-être devrons-nous nous battre avec les mêmes armes qu’eux
Peut-être devrons-nous nous battre contre nous-mêmes plutôt que contre les autres
Alors nous nous sommes repliés dans nos rêves
Nous avons construits des mondes sous le monde, creusé des galeries,
Envahi des galaxies, peuplé le monde de guerriers immortels et pacifiques
Pour vaincre l’impossible
Nous avons établi une arrière-garde au Mont Cauchemar pour vous voir venir
C’était la fin
C’était toujours la fin et vous revenez à chaque nouvelle information, essaim contre lequel nous ne pouvons rien, aveugles à l’extinction de nos vies
Cela fut avant nous, à chaque époque, et toujours la parole nous a permis de résister,
à force de vie
à force d’imagination
Au gouffre des lâchetés de ce monde.
Nous ne sommes pas tombés, nous n’avons pas sauté, et cela demeure notre seule fierté.

*

Je suis de l’espace creux entre les mots, de ce vide énorme, malin, neutre
De cette vitrification nait encore des mouvements
Des élans brumeux à travers l’immobile
J’ai découvert l’art poisseux d’un outre-monde
Couvert de bombes d’oublis d’étendards déchirés de noir
J’ai découvert, pauvre découverte, que quelque chose en nous soupirait pour l’apocalypse
Berceau d’un millions de cercueils
J’ai découvert la pensée épouvantail qui fait peur de penser
Son sourire dentelé, écorché de désespoir équivoque, verni d’orgueil, je ne le connais que trop
Ils ont fui ils ont ri et le sourire s’est retourné à son obscurité
Fais un vœu, dans cette obscurité terrible
Rêve, pense, espère, crève de toutes tes forces, à vouloir, à faire, à entreprendre ce monde sur le navire de tes pensées
Tout écueil, tout naufrage aura ses chasseurs de trésors
Et de la nuit abyssale sortira ces nuits anciennes
Qui peu à peu
Rempliront le monde par touche d’encre
Redonnant au monde sa grande nuit spiralée
Sa vérité mouvante et étoilée
Au bout de soi
Archipel de toutes les fictions

Fumée aquatique
cc Yaccob sur Flickr
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Une réflexion sur “L’inquiétude du monde

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