Eric Faye, Croisière en mer des pluies

Attentats falots sur la Lune

Par Raphmaj

L’argument du livre est alléchant : un attentat sur la Lune va se produire. Qui ne serait pas tenté ? Réduire en miette tous les espoirs des romantiques de la vie terrienne ? C’est une charge puissante qui attaque fortement la réalité de l’imaginaire.
Le titre l’est aussi : « croisière en mer des pluies ». Il suggère la nonchalance du tourisme lunaire où un étrange et immense bateau plane au-dessus d’un cratère météoritique, tandis que l’on sirote un cocktail d’infusion de cendres.

Carte de la mer des pluies (Mare Imbrium)

Dans la première partie du livre ces deux éléments coexistent avec grâce.
Le protagoniste est en mission scientifique sur la Lune, en attente du message qui décidera de l’opération de destruction et dont il ne sait ni le lieu, ni l’objet, ni le moment (ni même ses complices). Lui-même appréhende ce moment avec une terreur qu’il alimente de son orgueil, de ses regrets, et de ses amertumes d’avoir été abandonné de sa femme et son enfant pour ses ambitions lunaires. Par ailleurs dans cette attente un peu floue du déclenchement de l’attentat, la vie sur la Lune est racontée de manière intéressante, mêlant les différentes anticipations sur le sujet : le territoire a finalement été partagé en territoires étatiques contrairement à ce qui avait été négocié, il est bardé de télescopes d’observations stratégiques de la Terre, certaines parties servent de bagne, et un tourisme international très V.I.P s’y prépare. Je n’y peux rien, je succombe aux description des charmes grisâtres de la régolite.

Mais l’alchimie se brise dès que cette mise en place est faite. Le déclencheur de l’attentat est aussi celui de la déception. C’est une explosion de chaînes d’éléments convaincants au premier chapitre. Tiens, la structure d’enchaîner l’annonce de l’attentat à ses conséquences (mort d’un personnage) puis de revenir au déroulé de l’attentat : voilà qui est déceptif et artificiel. Le chapitre d’explication idéologique, placé sous le signe d’Ivan Karamazov (pas moins…) est quant à lui consternant : dialogue pénible (ping-pong), sans profondeur et surtout sans vie, ce qui, quand on convoque la figure tutélaire de Dostoïevski, est encore plus criant. Du coup c’est l’ensemble des éléments du livre qui deviennent alors quelque peu caricaturaux, le nom du « héros », Michel Vivien, celui de son amante Estrella Hatterras (pauvre Jules Verne, il rêvait d’autres aventures), les références littéraires lourdement amenées, le nom de l’organisation terroriste contre la télésurveillance : « L’Organisation ». La fin même sape tout le travail du roman, et l’on se dit : j’avais rêvé mieux, quelque chose comme le faseyage narratif des « Attentats sur la Lune » de Migrelian/Mevlido, conté par Volodine, par exemple.

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