La littérature est un zombie

Je pense que l’assertion a quelque chose de magique.

D’une part, c’est un fait établi que la littérature ne cesse d’être proclamée morte et remplacée par d’autres régimes médiatiques. Ça c’est la version courte.

La version longue, métacritique, n’est pas en reste et se délecte du jus qui s’écoule de son précieux cadavre embaumé de texte : « La littérature n’en arrête pas de mourir, la littérature est toujours en agonie, en devenir-morte et la plus belle des mortes-vivantes. » Les tombeaux fleurissent, les cimetières regorgent de couronnes, de dédales, de logorrhée.

D’autre part, outre l’attrait contemporain pour les zombies et les non-vivants en général (mais il faut dire que le problème de la mort n’est pas réglé et que ce phénomène en laisse perplexes plus d’un qui voudraient bien que la vie ait une suite, mais si c’est pour avoir une suite décevante, comme dans presque tous les films), l’art est nécromant comme disait Nietzsche : « L’art assume accessoirement la tâche de conserver, et aussi de raviver çà et là certaines idées éteintes, décolorées ; il tresse, quand il s’acquitte de cette tâche, un lien enserrant diverses époques, et il en fait revenir les esprits » (Humain, trop humain, I, 147, « L’art nécromant »). Et il ne m’en faut pas plus pour affabuler en ce sens : le créateur est un sorcier vaudou qui invoque les loas, fait s’incarner des chimères anhistoriques et d’autres, bien plus effrayantes, nées de l’ailleurs et du dehors. Car s’il y a bien un grand mage, un grand Marabout de la littérature morte-vivante, un über-Zauberer, c’est bien Maurice Blanchot.

La littérature est ainsi une expérience de pensée de mort-vivant (je vulgarise Blanchot, j’admets) : elle introduit dans un milieu neutre, ni vivant ni morte, un peu comme le chat de Schrödinger. La littérature nous rend sensible « l’autre mort » : le « mourir », c’est-à-dire la mort-pas-tout-à-fait-parce-que-la-mort-nous-échappe (Blanchot a lu tôt Heidegger). Vu de cette façon, cet inconnaissable inconnue (i.e. la mort) conduit à nous considérer comme définis par cette « impossibilité de mourir » : notre perpétuelle instance de mort-en-puissance nous voue au « mourir » (c’est à dire la mort telle qu’elle est appréhendée vue des vivants, positivement) mais jamais à la mort (qui nous échappe totalement, étant pure négation, je me répète).
Conclusion : on ne meurt vraiment qu’en littérature, mais elle, reste aussi prise par cette humaine « impossibilité » de mourir…

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2 réflexions sur “La littérature est un zombie

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