Antoine Volodine : Ecrivains

Les voix de Volodine

[Sur SensCritique]

Volodine n’est qu’une des voix du courant obscur surgit des cauchemars du XXe siècle, ce siècle perdu de tortures, de barbaries, de nihilisme, et d’utopies meurtrières. Antoine Volodine, Lutz Bassmann en passant par Manuela Draeger,  sont déjà les hétéronymes déroutant d’un même écrivain, auquel s’ajoute tout un réseau d’alter-écrivains activés au fil des textes et des appels intertextuels. C’est une machinerie auquel Volodine (pour prendre la voix principale) tient beaucoup, celui porte-parole des morts, des disparus, des marginaux et des cruautés vécues et oblitérées.
Ainsi dans ce livre d’ « Ecrivains » il n’est pas question de retracer l’improbable maquis d’expérience de Volodine lui-même ou d’écrivains réels ou hétéronymes, mais plutôt de ces parcours d’écrivains imaginés encore – et nécessairement –  inconnus. Et maudits aurait-on envie de rajouter. Mais finalement pas tant que ça. Là où l’on était presque habitué aux antiennes du post-exotisme, dans ce volume le décalage et l’ironie est une stratégie durant les 7 récits qui composent cet improbable « roman » défiant tous les genres. Rien que l’appellation « roman » là où Volodine avait créé les genres improbable de la Shaggå, de l’entrevoûte, du romånce, du murmurat, du narrat, nous fait un signe.

Comment ces écrivains sont devenus écrivains du post-exotisme, autobiographie forcément fictionnelle fractionnée et incomplète. Pour en rendre la teneur je ferais 3 groupes avec ces récits :

1)      « Mathias Oldane » et « La stratégie du silence dans l’œuvre de Bogdan Tarassiev », narrent les déboires et la débâcle de deux écrivains supposés et à venir dans une satire assez drolatique, satire que prolonge « Remerciements » qui n’est autre chose qu’une liste de remerciements caviardés d’anecdotes sombres, d’admirations décalées et de légères détestations parodiant les « remerciements » d’un livre bien sûr inévoqué et attaquant là encore la machine médiatico-éditoriale.
2)      Deux récits : l’un « Comancer » rappelle la Biographie comparée de Jorian Murgrave, en décrivant la plongée dans l’enfance traumatique et pourtant illuminée d’un écrivain, tandis que l’autre, « Demain aura été un bon dimanche », reste plus classique (sic): un écrivain marqué par la mort de sa mère en couche et les exécutions sommaires des troïkas soviétiques.
3)     Enfin « discours aux nomades et aux morts » comme « Théorie de l’image selon Maria Trois-Cent-treize » sont des métadiscours sur le post-exotisme, procédant comme toujours par proximité et différence pour tisser les leurres de l’impossible théorie de cet univers volontairement noirci. Parce que c’est la fiction-condition de la révolte ? Mystère, les rapports entre littérature et engagement sont particulièrement complexes.

La réflexion de Volodine est profonde, sa voix singulière s’impose et se confirme au fil des œuvres qu’il compose. Dans ce livre reprenant par excellence celui des « voix » de l’écrivain s’il n’y a pas de « parlure » à la pâte de loukoum proustien (grâce lui soit rendue), tous ses personnages se font écho d’une même expérience de la violence et parlent avec la même pâte noire du désastre dans la bouche. Et même cette suie a du goût, et ces voix ont du sens et font en commun un chœur difficile à ignorer. Espérons donc qu’il soit lu encore davantage.

cc Wikimedia Commons
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Aleksandrovskiy_Tsentral_%28Old_Russian_Prison%29.jpg
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